73ème mission chirurgicale: février 2016

Pendant les dix premiers jours de février, les neuf membres de la mission chirurgicale de Handicap Santé ont opéré près de 60 patients dont 35 enfants de moins de douze ans. Ces patients atteints de séquelles de polio, pieds bots uni ou bi-latéraux, complications de fractures mal réduites, fentes labiales ont bénéficié de soins qu’aucune équipe locale ne dispense, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de chirurgien orthopédiste ni de chirurgien plasticien à Moundou, 2ème ville de Tchad où vivent plus de 300 000 habitants. Les patients sont accueillis au centre des handicapés, Maison notre Dame de Paix pour suivre des soins de kinésithérapie, de réadaptation et de réinsertion qui peuvent durer plusieurs mois.

Xavier Sauvagnac, anesthésiste et coordinateur de la mission nous fait part de son témoignage.

Le déroulement de la mission s’est effectué dans le calme et avec beaucoup d’efficacité. Beaucoup d’amitié, de joie d’entrain, et d’échanges. Ce compte rendu essayera d’en aborder les points essentiels.

Sécurité

A notre arrivée au Tchad, nous avons été heureusement surpris de l’atmosphère régnant dans le nouvel aéroport de N’Djaména, avec des facilités dans les formalités de passage de douane indéniables en comparaison avec le passé. Nous avons logés à l’Hôtel Ibis bien sécurisé, compte tenu de la situation du pays où le risque lié au terrorisme reste omniprésent. Timothée a récupéré nos19 bagages de 22 kg très précisément et en a assuré le transport jusqu’à Moudou. Hassane s’est chargé de notre transfert à l’hôtel en taxi. Le lendemain, il nous a conduit à l’aéroport pour prendre, l’avion du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies.

L’équipe chirurgicale

La mission est composée par 3 chirurgiens (en orthopédie, Christophe Glorion et Alexandra Brassac, Patrick Knipper en plastique), 2 anesthésistes (Nicoletta Fioretti et Xavier Sauvagnac), 2 infirmières de bloc opératoire panseuses (Rachel Grollemund et Florence Loheac), 1 infirmier anesthésiste (Clément Almeiras), et 1 Infirmier de soins (Julien Baisez). Au total, en dehors des Dr. Knipper et Sauvagnac, il s’agit d’une véritable « Hôpital Necker team ». L’ambiance est bonne.

Bertrand Charrier, président de Handicap Santé nous a accompagnés jusqu’au mercredi et a prolongé sa mission à N’Djaména pour rencontrer les autorités sanitaires tchadiennes et des partenaires et bailleurs potentiels. Lire le compte rendu de la mission .pdf

Florencia

Cette petite fille de 5 ans avait une infection du pied droit et absence de consolidation d’une fracture d’un os du pied.
Son père, Narcisse est opérateur de radio dans les champs pétroliers. Florencia a une sœur.
«…Notre fille avait une petite blessure, nous avons essayé de la soigner nous-mêmes mais il y a eu une infection. Nous avons essayé de prendre rendez-vous à l’hôpital de N’Djamena, mais impossible d’en avoir un.
Mon cousin connaissait le Centre par une relation de travail et il nous a conseillé de venir ici.

Florencia a passé une première visite en septembre 2009 et elle vient d’être opérée. Elle est guérie, on s’en va demain.

Le centre arrange beaucoup les gens, c’est une très bonne initiative.

On y est très bien accueilli, le personnel s’occupe très bien des malades, le cadre est très agréable, c’est très propre par rapport à l’hôpital régional qui est « dégoutant ».

Il faudrait améliorer les latrines : faire des écoulements plus grands, organiser le nettoyage, mettre du grésil à disposition.

Si on pouvait mettre des matelas, ce serait mieux pour le couchage*. »

 

* le couchage traditionnel est la natte qu’on déroule le soir sur le sol


Adrien

Homme de 51 ans, marié, 5 enfants, professeur de philosophie à N’Djamena

Fracture du fémur G opérée et non consolidée,  a eu une nouvelle opération avec une greffe osseuse

« …J’ai été renversé par une moto il y a 2 ans et j’ai dû être opéré à N’Djamena. Mais l’opération a raté, je me suis retrouvé avec une béquille en raison d’une pseudarthrose de la hanche.

Dans mon village natal, une petite fille qui s’était retrouvée paralysée à la suite d’une piqûre intramusculaire, avait été emmenée à Benoye puis au centre de Moundou. Elle est revenue au village appareillée, elle remarchait. Alors comme je connaissais le Père Michel,  je suis allé le voir. Il m’a fait passer des radios et je suis venu me faire réopérer ici, à Moundou.

Au centre, le suivi après l’opération est très bien, à N’Djamena, il était inexistant. Je remercie toute l’équipe.

J’aimerais faire une suggestion : un sol en ciment autour des chambres permettrait aux malades de circuler plus facilement avec les chariots. »

Majilem

Homme de 30 ans, opéré  il y a 15 ans pour des séquelles de polio.

« …J’ai été opéré il y a quinze ans car j’avais des séquelles de polio. Avant l’opération, je rampais à quatre pattes, je me souviens avoir eu peur de l’opération, L’attente fut courte, seulement quelques semaines après qu’un Père m’aie trouvé dans la rue.

Maintenant je me déplace avec les béquilles et j’ai également une voiturette. L’opération m’a beaucoup aidé.

Je travaille dans la couture et en ce moment j’économise pour pouvoir remplacer les deux pneus crevés de ma voiturette qui coûtent 2000 Francs CFA*. »

 

* 10 euros correspondent à 6500 francs CFA